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lundi20 novembre 2017

L’ombrine ocellée – sciaenops ocellatus

l'élevage d'ombrine ocellée

L’élevage de l’ombrine ocellée – sciaenops ocellatus

BASES BIOLOGIQUES

Systématique
Ombrine Ocellée

Classe : Osteichtyens
Ordre : Perciformes
Famille : Sciaenidae

Aire de répartition naturelle : Cote Est des USA et Golfe du Mexique du 40ème parallèle au tropique du Cancer.
Noms vernaculaires : Ombrine Ocellée, Red Drum, Corvinon ocelado, Tambour rouge
La famille des scaenidae est appelé « drum » en anglais car la majorité de ses membres peut produire un son audible par vibration de la vessie natatoire (pendant la période de reproduction), proche de celui du battement d’une grosse caisse.

Caractéristiques morphologiques : Corps recouvert de grosses écailles, allongé et légèrement comprimé latéralement. Dos arrondi et profil ventral droit. Tête arrondie et large. Museau conique. Gris argenté en élevage avec des nuances bleues sur la queue. Teint cuivré dans le milieu naturel. Une ou plusieurs tâches  sur le pédoncule caudal caractérisent l’espèce (ocelles).

Taille record : 155 cm et 45 Kg pour un mâle de 7 ans.
Durée de vie : jusqu’à 50 ans.

Cycle de vie :
Dans le milieu naturel, reproduction entre août et octobre. Les œufs de 1mm de diamètre  flottants et les larves pélagiques dérivent vers les zones de nurserie ( zones estuariennes et lagunes). Les ombrines quittent ces zones après 3-4 ans  pour le large.
Les mâles atteignent la maturité sexuelle entre 1.5 et 3 ans. Pour les femelles il faut attendre entre 3 et 6 ans.
Les pontes sont fractionnées et peuvent s’étaler sur plusieurs semaines.
La fécondation est externe, les mâles fécondent les ovocytes expulsés par les femelles en pleine eau.
La fécondité serait de 200.000 à 1.600.000 œufs / Kg de femelle/ saison de ponte.
La larve éclose mesure 1.7 à 1.8 mm. La vésicule vitelline se résorbe en 40 h à 30°C.

Préférences environnementales :
Salinité : L’ombrine est une espèce euryhaline qui peut supporter de fortes variations de salinité ( de 0 à 40 pmille). La survie en eau douce n’est possible que si la dureté de l’eau dépasse 100mg de Ca++/l.
La salinité optimale pour les larves serait de 30 pmille.
Température : Mortalité sous 10°C. L’optimum se situe entre 25°C et 28°C.
O2 dissous : Relativement résistante, l’ombrine supporte des taux d’O2 dissous de 3 mg/l, mais les performances de croissance sont alors affectées.

Comportement alimentaire :
Poisson carnivore dont les habitudes alimentaires vaient suivant la taille. Les larves se nourrissent sur zooplancton, essentiellement de petits copépodes, jusqu’à 3 cm environ.  Les juvéniles, jusqu’à 11 cm consomment essentiellement de petits crustacés et poissons. Puis le régime est constitué de poissons , crustacés et vers.
La croissance dépend de la richesse du milieu et de la température.

PECHE

L’ombrine fait l’objet d’une pêche traditionnelle. Le niveau des captures de 1950 à 1970 s’élevait aux alentours de 1000 T/an essentiellement dans le golfe du Mexique. Depuis les années 1980 et avec les premiers signes de surexploitation la pêche commerciale a laissé place à une pêche récréative et sportive. En parallèle des programmes de repeuplement ont été mis en œuvre au Texas. De là remontent les premières données zootechniques sur la maitrise de la reproduction et l’élevage larvaire.
L’ombrine, de par son comportement combatif est très prisé des pêcheurs à la ligne. Cette pêche représente aujourd’hui l’essentiel du tonnage produit.


AQUACULTURE

L’ombrine a fait l’objet de nombreux essais d’élevage. A partir des premiers essais aux USA, des transferts ont eu lieu vers la Martinique (1985), le Panama (1987), les Bahamas (1988), l’Equateur (1989) et Cuba (1996) pour la zone Amérique/ L’Ombrine a également été introduite à Taïwan, en Chine continentale (1991) en Corée du Sud. Israël et l’Ile Maurice l’ont ensuite introduite. Globalement peu de ces essais ont débouché sur un développement économique. L’Equateur aurait produit près de 2000 tonnes d’ombrine entre 1999 et 2002 mais, faute de débouchés commerciaux la filière s’est éteinte. Israël a produit de 100 à 200 tonnes en 2000. Mais le programme a du s’arrêter sous la pression des associations environnementales qui craignaient une colonisation des milieux naturels.
L’ile Maurice a un programme de développement de l’aquaculture marine de l’ombrine qui vise un objectif de 1000 Tonnes/an. C’est aujourd’hui la Chine qui serait le premier producteur avec un niveau de l’ordre de 5000 tonnes/an. Les USA arrivent juste derrière avec un niveau de production de 3000 tonnes.
L’ombrine est élevée dans les départements français d’outremer, à Mayotte (depuis 1999), la Réunion (depuis 2000), la Martinique (introduction de l’ombrine en 1985) et la Guadeloupe (2002). C’est cette communauté qui est à l’origine de la création de l’UAOM (Union des Aquaculteurs de l’Outremer). Ces départements disposent d’un fort potentiel de développement qui tarde encore à s’exprimer.


MARCHE


USA : C’est la seule zone où existe une consommation traditionnelle de l’ombrine  plus particulièrement dans les Etats du Sud. Le prix serait de 4.2 à 4.63 $ par Kg de poissons entiers.
Europe :  La possibilité d’accéder à ce marché est un atout complémentaire pour les DOM producteurs. Pour l’instant l’espèce reste méconnue et cantonnée à des marchés de niche, sur le segment du poisson entier frais. Mayotte a exporté ses ombrines avec succès sur la Suisse et l’Allemagne. Pour l’instant les niveaux de production affichés par les filières ultra marine ne permettent pas de prospecter vers les ouvertures prometteuses offertes par la transformation du poisson.
Notons que l’ombrine, proche du maigre Argyrosomus regius, peut s’imposer sur les mêmes segments de marché. Les maigres de 2 Kg se vendent entre 7 et 12€/Kg…

Marchés insulaires locaux
Les marchés locaux sont déficitaires en produits de la pêche et une forte demande y existe sur le poisson frais.  L’ombrine pour s’imposer sur ces marchés doit bénéficier d’opérations de promotions et de publicité car l’ombrine reste encore peu connue. Les perspectives de développement offertes par la transformation sont prometteuses.


DONNEES TECHNICO-ECONOMIQUES

L’essentiel des données disponibles provient des DOM.
L’augmentation des calibres de vente, de 350 à 800 grammes permet une réduction du coût de production au Kg de 12% du fait de la réduction de la part « alevin » dans le Kg produit. Des économies d’échelle et une réduction des charges significative, de l’ordre de 16%, seraient autorisées par un passage de 20T à 200 T/an.
Une analyse réalisée en martinique a permis de hierachiser les postes de charges dans le coût de production global:

  • L’aliment représente 34% des coûts,
  • Les alevins 25%,
  • La MO 23%
  • La commercialisation 8%,
  • l’énergie 5%,
  • les autres charges 5%.


Selon la taille des exploitations, le coût de production de l’ombrine dans les DOM serait compris entre 4 et 7.40 € / Kg brut.
Plus récemment, l’analyse d’une exploitation artisanale de 15T/an, en baie fermée, en Martinique, a permis de définir un point d’équilibre de 9€/Kg pour le prix de vente du poisson vidé-écaillé. La MO de cette exploitation a été estimé à 1.5 UTH. Le temps de travail se répartissant à égalité entre l’élevage, la transformation des produits et la commercialisation. Si la commercialisation est transférée vers une structure dédiée, l’exploitant récupère 30% de son temps…

Le coût de production sur cette ferme s’élèverait à  6.65 €/Kg de poisson brut. Des simulations ont mis en évidence la possibilité d’abaisser ce coût entre 4 et 5.60€/Kg pour des entreprises semi industrielles de 50 à 120 T/an.
Le coût de l’aliment livré après dédouanement se situe aux alentours de 1.30€/Kg. Le prix des alevins oscille selon la taille entre 0.5 et 0.80€/pièce.

REPRODUCTION EN ELEVAGE

Maturation sexuelle
Actuellement la filière antillaise n’a pas la maitrise ni la gestion de la reproduction. Cette tâche est assumée par le laboratoire de l’Ifremer de Pointe Fort en Martinique. Il est prévu un transfert de la gestion de ces géniteurs vers la profession d’ici à 2015…
Dans le milieu naturel, l’ombrine se reproduit à l’automne lorsque la température et la photopériode chutent. Ces deux paramètres environnementaux sont les plus importants pour la maturation des poissons.
C’est en Martinique qu’a été mise au point la technique qui permet d’obtenir des pontes décalées par rapport à la saison naturelle. Il a été démontré que la variation de la photopériode est le facteur majeur déclencheur. Les géniteurs sont donc maintenus à T° constante de 28°C. Un lot de géniteur est conditionné pour pondre une fois par an. Après une phase de repos sexuel, les géniteurs sont stabulés en zone de conditionnement avec un sex ration de 1 :2. La durée du jour est alors abaissée progressivement de 16h à 8h  sur une période de 100 jours.
Des biopsies régulières permettent de suivre l’évolution des ovocytes.  Un stress par manipulation, ou une injection hormonale permettent de déclencher les pontes. Généralement les pontes commencent à intervenir lorsque la duré du jour atteint 10h45.
La connaissance de l’origine génétique des géniteurs est essentielle pour garantir une progéniture de bonne qualité.
Un programme est en cours pour la maitrise de la reproduction artificielle.

Récolte des œufs
Après la ponte en pleine eau les œufs sont fécondés par le sperme d’un ou plusieurs mâles. Ces œufs flottants sont récoltés au matin dans un tamis qui filtre l’eau de sur verse. Ces œufs sont ensuite comptés et observés pour contrôler leur qualité et le taux de fécondation. Une femelle peut pondre plusieurs jours d’affilée ou par ponte espacées de quelques jours sur un intervalle de 10 à 20 jours.
Les œufs placés en bacs d’incubation donnent naissance à des larves J1 après une vingtaine d’heure d’incubation.


ECLOSERIE

Cette phase est actuellement assumée par l’écloserie de Pointe Noire, à partir de larves J1 livrées par l’Ifremer. Le travail en écloserie est relativement pointu et requière des équipements et un savoir faire spécifique. Par ailleurs les coûts de production en écloserie étant essentiellement constitués de coûts fixes, il n’est ni intéressant ni rentable de se lancer dans l’activité d’écloseur sous un certain volume de production. Un projet de production artisanal aura donc plus intérêt à se fournir directement en alevins auprès de l’écloserie existante.
Les techniques utilisées sont des techniques relativement intensives en eau claire, techniques les plus fiables car offrant une meilleure possibilité de maitrise des paramètres d’élevage : renouvellement, qualité d’eau, nourrissage.
Le diamètre d’ouverture de la bouche des larves ne leur permet d’ingérer que de très petites proies. Pendant les 5-7 premiers jours les larves sont nourries exclusivement sur rotifères enrichis (brachionus plicatilis). Il faut en permanence veiller à la bonne disponibilité des proies dans le bac d’élevage larvaire.
L’élevage en parallèle d’un stock de rotifères est la contrainte majeure de l’élevage larvaire de l’ombrine. En effet l’élevage des rotifères implique une grande rigueur, et de nombreuses manipulations quotidiennes : nourrissage, comptages, filtrations, observations, etc.
Avec la croissance des larves, des proies plus grosses peuvent être utilisées : nauplii d’artemia salina  puis artemia de 1 jour.
Le sevrage, passage d’une alimentation vivante à une alimentation inerte, intervient à partir du 15ème jour. C’est une phase délicate qui peut se traduire par un certain cannibalisme si le lot n’est pas suffisamment homogène.    L’hydrodynamisme, l’état des bacs, la qualité de l’eau sont des paramètres essentiels qui conditionnent les résultats.
La phase qui suit le sevrage est dite « phase de pré-grossissement ». La larve se transforme et acquière toutes les caractéristiques morphologiques du poisson. La croissance s’accélère et le poids des poissons double chaque semaine. Des tris par calibration peuvent se révéler nécessaires si les lots ne sont pas homogènes. Après un minimum 50 jours en écloserie les alevins de 2 à 4 grammes sont capables de passer en mer.

GROSSISSEMENT

Les techniques d’élevage en mer qui conduit l’alevin de quelques grammes au produit fini ne diffèrent pas de celles utilisées pour d’autres poissons d’aquaculture marine comme le loup/bar ou la dorade méditerranéenne. Le pisciculteur marin veille au bon état de ses structures, change ses filets, nourrit et récolte ses poissons.
Ce qui diffère fondamentalement, c’est l’environnement de mer ouverte. La Guadeloupe ne dispose pas de zones de baies abritées hormis le grand cul de sac marin. Le potentiel de développement de la pisciculture marine se situe au large de la Côte sous le vent. Travailler en pleine mer, impose d’utiliser des structures de cages d’aquaculture marine de type « offshore »  adaptées aux risques cycloniques.

La ferme OCEAN, et le SYPAGUA ont pu mettre en place un prototype innovant de cages immergeables répondant à cette contrainte majeure et à la nécessité de rendre ce type de structure compatible avec une exploitation de type artisanal. La réalisation et la mise en œuvre de ce système novateur sont le fruit du travail de conception et de l’expérience éprouvée de la société Aquazur, déjà à l’origine du premier système de cages immergeables mis en place à la Réunion (Société Aquacole des Mascareignes). Le surcoût en termes d’investissement par rapport à des structures non immergeables est largement compensé par la réduction des risques de perte de cheptel. Il nous parait difficile de faire l’impasse sur le risque cyclonique et donc fortement conseillé de travailler avec des systèmes de cages immergeables.

La taille de la maille des filets est adaptée à la taille des poissons.    Dans le contexte thermique des Antilles, la croissance est en principe optimale.

On peut espérer produire des ombrines de 1 Kg en un an  avec une survie de 75%.
Le niveau de charge maximum est de 15 à 20 Kg/ m3 en finition. A partir de cette limite et en affectant une survie maximale de 85 à 90% on peut considérer que la valeur maximale de stockage initiale est de 18 à 20 alevins/ m3 d’élevage. Une cage de 500 m3 pourra donc accueillir jusqu’à 10.000 alevins si le poids final visé est de 1 Kg.
Dans un contexte de mer ouverte, et compte tenu de la fréquence et de la force des courants de marée, nous recommandons de ne pas mettre d’alevins à l’eau de moins de 2 grammes. A des poids inférieurs les alevins ne sont pas assez résistants.
Aliment : Selon les sources les besoins protéiques de l’ombrine se situent dans une fourchette de 35 à 45% par Kg d’aliment. Un niveau de 15Kjoules/ g dans l’aliment est considéré comme suffisant.les besoins en énergie digestible ont été évalué à 900 KJ/ Kg de biomasse/jour pour l’optimisation de la croissance.
L’ombrine comme la plupart des poissons carnivores est capable de valoriser les lipides comme source d’énergie. Les besoins lipidique seraient de 7 à 11% par Kg d’aliment. Des études ont montré qu’au-delà de 14% de lipides, le taux de graisse du poisson augmente sans amélioration des performances d’élevage. L’alimentation des poissons marins doit contenir des acides gras polyinsaturés à longue chaine (C20 et C22) car ils ne peuvent pas les synthétiser.

Les vitamines, C et E en particulier, sont également essentielles au métabolisme de l’ombrine.
Depuis la crise de l’ESB, et compte tenu de l’échelle de la filière, il n’est plus possible de produire des aliments aquacoles, contenant des farines de poissons sur les mêmes chaines de fabrication que celles destinées à la production d’aliment pour animaux terrestres. D’où la nécessité d’importer les aliment  de France hexogonale.
Au cours de la croissance la taille des granulés doit être adaptée à la taille des poissons.
Les jeunes poissons sont nourris plus fréquemment surtout lors des premières semaines d’élevage au cours desquelles ils doivent s’adapter à un nouvel environnement.

A chaque poids de poissons correspond un taux de nutrition adapté qui permet de calculer les rations alimentaires de chaque lot.
Une bonne gestion alimentaire se traduit par une amélioration de l’Indice de conversion (IC = Kgs d’aliment distribuée/Kgs de poissons produits). Un IC de 1.8  est très correct pour des poissons de 1 Kg. L’IC augmente avec le calibre de sortie des poissons.

Aspects reglementaires de L’INSTALLATION en culture marine
Pour s’installer en pisciculture marine il faut disposer d’une concession de cultures marines. L’activité se déroule en effet sur le domaine public.
Cette autorisation est délivrée par le Préfet sur Instruction des Affaires Maritimes. La Guadeloupe, comme le reste des DOM, n’est pas soumise aux mêmes règlementations que la France Continentale. Le décret 83-228 du 22 mars 1983, révisé en 2010, qui régit les conditions d’attribution des concessions de cultures marines n’est pas applicable chez nous. Ce sont donc des textes plus anciens qui organisent les conditions d’accès aux cultures marines : décrets des 21 décembre 1915 et 28 mars 1919 !
Les demandes sont à adresser à la Direction de la mer.
Concernant les lois sur l’environnement, une ferme aquacole qui produira moins de 20 tonnes sera soumise au régime de déclaration et devra réaliser une notice d’impact. Au-delà de ce tonnage annuel, elle sera soumise au régime d’autorisation et devra engager une étude d’impact, beaucoup plus couteuse et contraignante avant son installation.

Ouvrage de référence : L’Ombrine ocellée par JC Falguières Editions Quae 2011

Fiche FAO sur l’ombrine ocellée